Ecologie et plaisance

Introduction

Avec les moulins à vent et à eau, le voilier est une des plus anciennes inventions de l'homme qui tire l'énergie pour son fonctionnement d'une ressource inépuisable, renouvelable: le vent ou, indirectement, le soleil. Jusqu'au début du 20ème siècle, le voilier servait au transport des personnes et marchandises, on partait à la pêche ou on faisait du commerce... et c'est grâce aux bateaux à voile qu'ont pu être dessiné les contours de toutes les terres connues. Ses performances se sont perfectionnées au fil des millénaires jusqu'à l'arrivée des machines à vapeur et les modes de propulsion contemporains à combustion.


Photo (c) Moulin à vent du Danemark (région de Fakse), source

C'est à ce moment, que l'évolution du voilier à pris une tournure radicalement différente: libéré de la contrainte utilitaire, s'appuyant sur des connaissances et technologies de plus en plus pointues, et sans pour autant afficher d'étiquette 'écolo', le voilier est devenu la machine passive ultime; n'est-il pas significatif qu'à une époque du moteur à combustion omniprésent et tout-puissant, la régate se dispute encore à la seule et unique force du vent?


Photo AYArktos: Traditional dutch boat on the IJsselmeer, source

Face à l'énorme potentiel d'amélioration dans nos pratiques quotidiennes, s'intéresser au voilier peut paraître vain. Cependant, c'est à travers une image ludique et exemplaire que le voilier peut jouer un rôle pionnier et, si la pratique de la voile est fondamentalement écologique, la manière de la pratiquer et la façon de produire les voiliers de plaisance restent largement perfectibles.

Dans ce contexte, les trois thèmes suivants seront abordés: construction, vie à bord, croisière

 

 

Construction

Vie à bord

Croisière

c o n s t r u c t i o n

La tendance est de classer les matériaux de construction de façon très binaire en 'bons' et 'mauvais', souvent avec une interprétation de l'écologie quelque peu romantique et sans véritable fondement scientifique ou objectif. Cependant, l'évaluation des qualités techniques, environnementales et sanitaires ne peut être réalisé qu'avec une méthode d'analyse multicritères et ne peut se limiter à une seule considération. Ainsi, le caractère 'naturel' d’un produit ou d'un matériau n’en fait pas nécessairement un produit plus respectueux de l’environnement ou plus sain...

Production - choix constructif

Généralement, le choix du système constructif, donc du matériau, se pose dès le premier stade du projet; c'est un sujet qui suscite débats et passions et se trouve largement influencé par l'expérience de récits et d'idées reçues ou, plus pragmatiquement, inspiré par un cahier de charges soigneusement élaboré (production à l'unité ou en série, taille, programme de navigation...).

Pour illustrer l'impact de ce choix sur le plan écologique, le tableau ci-dessous donne un aperçu des analyses de cycle de vie (ACV, voir définition ci-dessous) pour différents matériaux d'un voiler hauturier de 11m, pris à titre d'exemple.

Ces tableaux tiennent compte de la différence des systèmes constructifs découlant du choix d'un matériau, donc de poids d'un système à un autre et des différences de leur durée de vie. Le coût de la maintenance est également comptabilisé. Seulement le bilan de la coque 'nue' a été pris en compte; les aménagements, finitions et équipements sont supposés identiques. Les hypothèses de calcul sont génériques et pourront différer pour un projet réel.


Fig. 1: Energie non renouvelable (NRE) pour 7 systèmes constructifs

1) Acier
2) Alliage alu sur membrures et lisses
3) Alliage alu épais
4) Fibre de verre - polyester monolithique
5) Bois époxy
6) Bois bordé classique
7) Ferrociment

Produits d'entretien, rénovation maintenance
Produits indispensables à la protection
Matériaux constituant la structure et l'enveloppe


Fig. 2: Potentiel de réchauffement climatique en équivalent CO2

1) Acier
- lourd
- maintenance et entretien élevé
+ bon recyclage

2) Alliage alu sur membrures et lisses
3) Alliage alu épais

- facture énergétique et de CO2 élevée à la production
+ peut se passer de protection et finitions (valeurs sur le graphique finition alu brut)
o recyclable sous conditions : les valeurs sur le graphique s'entendent ALU-BRUT et AVEC recyclage en fin de vie (sans quoi le bilan devient un véritable désastre)

4) Fibre de verre - polyester monolithique
- impossibilité de recyclage (déchets spéciaux)
- résines et solvants dangereux pour la santé et l'environnement
- fibres de verre dangereux pour la santé
- possède un bilan au-dessus des autres systèmes courants

5) Bois époxy
6) Bois bordé classique

- l'origine des essences peut poser de sérieux problèmes (bois exotiques)
- ressources limitées en bois indigènes adaptés à la construction navale
- coût écologique de maintenance et d'entretien élevé (zone orange)
- impossibilité de recyclage (pollution du bois par traitements -> déchets spéciaux)
+ la production en essences indigènes favorise la reforestation et peut engendrer un bilan de dioxyde de carbone* négatif par 'fixation' du CO2* atmosphérique; dans le cas de bois importés, cet avantage est pondéré par l'énergie nécessaire au transport

7) Ferrociment
- poids et énergie englobée importante

 

Discussion


Photo (c) peter gallinelli 1998: chaudronnerie Intégral 12.50 au chantier Dujardin

Poids et optimisation
Le bilan écologique étant proportionnel à la quantité de matériaux investi dans la construction, tout diminution de poids a un effet positif immédiat sur le bilan, mais aussi sur les performances du bateau, permettant d'améliorer la charge utile ou de réduire la taille du gréement, du mouillage... et de la motorisation éventuelle.

Le dicton 'Trop lourd n'a jamais manqué' peut devenir un sérieux handicap pour la performance, le budget et le bilan écologique. Mieux vaut soigneusement optimiser, que ce soit au niveau de l'architecture propre du voilier que de ses équipements et l'armement. La sobriété du plan visant à supprimer le superflu est une qualité de tout point de vue.

Origine des matériaux
Quelles sont les conditions d'exploitation, énergie dépensée pour leur transport et leur transformation? A matériau identique, les différences peuvent être importantes en fonction de l'origine et des filières suivies avant d'arriver sur le chantier.

Qualité sanitaire
Respect de la santé des ouvriers et utilisateurs; inutile de rappeler la toxicité des durcisseurs et catalyseurs présents dans les résines et peintures modernes. Ce sont aussi des solvants très nocifs pour l'environnement. Les pigmentations peuvent contenir de fortes quantités de métaux lourds. Certains fabricants proposent des produits à base de solvants et de résines dites 'naturelles' adaptés principalement aux finitions intérieures. Toutefois qui dit 'naturel', ne dit pas encore exempt de toxicité (les poussières de bois sont des irritants et allergéniques en puissance).

Durée de vie (structure, finitions, équipements)
Un produit bien conçu, adapté à son usage, permettant une maintenance aisée et des mises à jour éventuelles, possède naturellement une durée de vie plus longue qui lui permet de mieux 'amortir' son investissement sur le plan écologique et souvent aussi économique. Toutefois, garantir la longévité d'un composant peut nécessiter des traitements et finitions supplémentaires ayant un 'prix' écologique.

Fin de vie et recyclage
En particulier l'acier et l'alliage d'aluminium méritent qu'on s'y intéresse dès la conception, car ce sont des matières avec un important capital d'énergie emmagasiné pouvant être valorisé dans un nouveau cycle de vie. Ceci permet surtout à l'alliage léger de 'rembourser' une lourde dette d'énergie et de CO2.

Faut-il encore qu'un certain nombre de critères soient réunis afin que cela soit possible: Les composants doivent être facilement démontables et séparables. Notamment les traitements de surface et peintures posent de gros problèmes, en particulier sur les coques en alliage en raison de la difficulté technique, donc du coût, à reconstituer des alliages de qualité à partir d'une matière recyclée polluée. Une coque en alliage d'aluminium devrait rester brute, à l'extérieur comme à l'intérieur.

Le point noir des composites réside justement dans leur difficulté, voir l'impossibilité de séparation, donc de recyclage. Si la construction 'polyester' et composites apparentés sont connus pour leur coût écologique très élevé, les techniques modernes du bois (bois-époxy, strip-planking...) ne posent guère moins de problèmes et seront très souvent à classer en déchets spéciaux en raison de la part élevée de colles, d'imprégnations et de peintures de protection.

Le bordé classique en essences indigènes (chêne, mélèze) possède un bilan écologique intéressant; l'utilisation d'une ressource renouvelable encourage la plantation de forêts pouvant fixer du CO2 (il ne s'agit pas de tronçonner des chênes centenaires!). Mais quel plaisancier accepte encore le coût et la charge d'un entretien par des moyens traditionnels?

Conclusion

Nous constatons que les adjectifs légèreté, sobriété, qualité contribuent tout naturellement au sens du voilier comme machine passive performante ET à optimiser le bilan écologique.

Le plus grand potentiel d'économie réside sans aucun doute dans l'élaboration d'un cahier de charges rationnel et raisonnable (une tâche qui n'est pas nécessairement à la portée de l'amateur) et, dans certains cas la mise en cause de la décision d'acquisition ou de construire même.

Hélas, l'étiquette écologique est en passe de devenir un simple argument de vente, souvent lié à un prix de vente plus élevé. Mais, gardons-nous de nous faire manipuler par des stéréotypes et idées reçues: La démonstration ci-dessus montre bien qu'une construction 'bois' qui véhicule facilement une étiquette 'écolo', n'est pas nécessairement plus respectueuse de l’environnement ou plus 'saine' qu'une construction conventionnelle bien gérée. Seulement une analyse exhaustive, objective et sérieuse permet d'évaluer l'impact réel d'un choix donné.

DEFINITION: L'Analyse de Cycle de Vie (ACV)

Pour pouvoir connaître les caractéristiques environnementales d’un matériau, il est nécessaire d'étudier son cycle de vie dans sa globalité, de l’extraction des matières premières jusqu’à sa fin de vie:

INPUT
- matières premières
- énergie
- eau
- air

CYCLE DE VIE
Extraction des matières premières
Fabrication, transformation
Transport, emballage, distribution
Exploitation, réutilisation, maintenance
Recyclage
Gestion des déchets

OUTPUT
+ Produits
+ Coproduits
- Emissions
- Effluents
- Déchets solides

* * *

(*) CO2 = dioxyde de carbone, agent impliqué dans l'effet de serre et le réchauffement climatique

pg nov 2004

v i e - à - b o r d

Tout objet nécessite des ressources et de l'énergie pour sa fabrication. Une fois l’objet fini, diverses ressources seront encore consommées durant son exploitation. Dans le cas du voilier, elles peuvent être importantes : avitaillements divers, maintenance et entretien du bateau. A cela s’ajoutent les infrastructures qui découlent directement ou indirectement de la pratique de la voile : installations portuaires, déplacements de l'équipage, gestion des déchets …

Chaque facette du problème a son importance et il s’agit de phénomènes ayant des interactions et dépendances multiples et complexes. Au niveau du voilier, le concept énergétique et la gestion des déchets sont des postes importants dans un cahier de charges qui intègre des critères de qualité environnementale et de développement durable.

1 Energie

1.1 Energie de propulsion

Si traditionnellement l'énergie nécessaire à l'avancement du voilier est fournie par le vent, le voilier moderne fait de plus en plus appel à la propulsion mécanique. Sur un programme de croisière hauturière cette part est de 5-20% des distances parcourues alors qu'en cabotage cette part atteint facilement 35% et typiquement 50-70%!

Pour illustrer ce constat par des unités usuelles : notre voilier de 11m marchant au moteur à 6nd de moyenne en consommant 2.5 litres/heure aura une consommation spécifique de 25 litres/100km ! Même en naviguant le trois quarts des distances sous voiles, cette consommation reste encore élevée à plus de 6 litres/100km équivalent terrestre.

Fig. 3 : comparaison de l’écobilan de 10'000 milles nautiques parcourus à la voile pure ou au moteur pur pour une unité de voyage de 11 mètres

La comparaison est basée sur les paramètres suivants:

Voile = Voilier hauturier de 11 mètres grée en sloop, 70m2 de voilure au près
Moteur = Motorisation diesel in-board de 35 chevaux consommant 2.5 l/h pour une vitesse de 6nd

Commentaires:

Le budget écologique de la fabrication d'un gréement classique est supérieur à celui d'une motorisation mécanique (voir point de départ des lignes pleines). Cette différence initiale en défaveur du gréement est absorbée au bout de seulement 700 milles de distance parcourue!

Contrairement à une idée reçue, la voile nécessite également des ressources en raison de l'usure et le renouvellement des différents composants (en particulier gréement courant et voiles). Ce budget est toutefois faible et représente 3 fois moins par personne transportée que pour parcourir la même distance en train ou en car.

A budget énergétique (NRE) équivalent, on peut couvrir 8'000 milles à la voile pour seulement 1'000 milles au moteur.

La vitesse, donc la performance, du bateau pour une puissance propulsive donnée a une grande incidence sur le bilan d'une propulsion mécanique alors que le bilan de la voile n'est que peu influencé (faible pente de la courbe).

Si l’idéal serait un voilier sans moteur auxiliaire, la configuration actuelle de nos ports et la recherche de commodités à bord, rendent le recours au moteur pratiquement incontournable. Nous savons que pour polluer moins, il est nécessaire de consommer moins. Un premier groupe de réponses vise à améliorer l’efficacité énergétique, le deuxième la substitution des énergies fossiles par des énergies renouvelables, le troisième la sobriété.


Photo (c) peter gallinelli 2004: plaisir à la voile au large des îles Lofoten - Norvège

La propulsion électrique ouvre la voie aux deux premiers groupes:

Sur une unité utilisée pour des sorties occasionnelles, un simple panneau photovoltaïque (ou une prise de quai) suffit pour charger une batterie de traction capable d'assurer quelques manoeuvres de port et alimenter les équipements de navigation modernes et éclairages de cabine et de navigation à LED qui demandent peu d'énergie.

En revanche, l’unité de croisière, généralement plus équipée, va demander une plus grande autonomie énergétique. Le poids, la taille et la gestion écologique du parc de batteries deviennent alors un facteur limitant et le recours à une source d'énergie d'appoint deviendra rapidement incontournable.

a) Efficacité énergétique

Dans le premier groupe de réponses qui visent l’amélioration de l’efficacité énergétique, on peut alors citer:

  • La pile à combustible. D’un rendement élevé, elle permet de produire du courant électrique à partir d'hydrogène ou d'un carburant classique. A l'heure actuelle, cette technologie reste encore au stade de laboratoire (2006).
  • Le générateur à micro turbine. De poids ‘plume’, cette génératrice produit de l’électricité avec un rendement intéressant. Elle est adaptée aux très grandes unités avec des besoins constants et plus élevés (> 20kW).
  • Le moteur Stirling, d’un rendement élevé et d’un fonctionnement silencieux qui convient à la production de force mécanique et de chaleur (co-génération).
  • Les progrès en électronique de puissance permettent de réaliser des systèmes de contrôle, de régulation et de gestion énergétique adapté aux besoins de puissance (quelques kW) d'une unité de plaisance. Grâce à ces technologies les systèmes cités ci-dessus peuvent être exploités de façon optimale.
  • Qu'il s'agisse d'une propulsion classique ou électrique, par le choix d'hélices à fort rendement. Si une petite hélice bi-pale a un rendement de 15-20%, l'efficacité d'une hélice multi-pale à grand diamètre peut atteindre 60% à 70% et permet de tripler, voir quadrupler l'énergie convertie en poussée utile. Si cette hélice est rétractable ou se met en drapeau, l'incidence sur la performance à la voile reste négligeable.

b) Energies de substitution

Des possibilités de substitution de l’énergie fossile par des énergies renouvelables sont:

  • L’installation de panneaux photovoltaïques et d’éoliennes capables de couvrir les besoins électriques usuels (navigation, éclairage). En revanche leur production est insuffisante pour assurer l’énergie de propulsion.
  • L’hydrogénérateur produisant du courant électrique lors de la navigation sous voiles.
  • Dans le cas d’une propulsion hybride qui consiste à associer un propulseur électrique à un parc de batteries et une source de courant d'appoint, une grande autonomie énergétique est possible en se servant du propulseur pour la régénération, permettant la recharge d'un parc de batteries dimensionné pour manoeuvrer au port, se déhaler dans le tout petit temps ou se sortir d'un mauvais pas... tout en faisant fonctionner les équipements de vie à bord.

Du coté terrestre, on peut citer le recours aux biocarburants synthétisés à partir de produits agricoles. Il s'agit d'exploiter indirectement l'énergie solaire par le biais de la photosynthèse qui convertit le CO2 atmosphérique en carbone hydrogéné. Ce procédé naturel, propre aux végétaux, possède cependant un très faible rendement et si techniquement cette filière est au point, elle risque à grande échelle d'engendrer des monocultures intensives pour n’assurer qu’un pourcentage de la demande. Elle peut être cependant intéressante dans une politique de diversification d’approvisionnement énergétique et possède l’avantage d’être compatible avec toute motorisation existante.

c) Sobriété énergétique

Une troisième groupe de réponses part du principe du litre de carburant ou de kWh non consommé étant l'énergie la plus propre – non pas en passant par des systèmes techniques lourds et complexes, mais en évaluant le cahier de charges à la baisse. On parle alors de sobriété énergétique.

1.2 Energie 'confort'

Qu'il s'agisse de chauffage, climatisation, assistance force en tout genre en passant par propulseurs d'étrave, guideaux électriques, winchs et enrouleurs motorisés; la part des équipements dit de confort ne cesse d'augmenter, annulant souvent les efforts louables des fabricants d'améliorer l'efficacité de leurs produits.

S'y ajoutent les équipements empruntés à la vie terrestre: aspirateur, four micro-ondes, fer à repasser, machine à laver... tous ces équipements ont leur utilité. Leur point commun est d'engendrer le besoin d'une source d'énergie. Equipements de production divers doivent fournir de l'énergie en temps utile et sont, au delà des ressources consommées pour leur fabrication, fonctionnement et entretien, bien souvent source de pollution acoustique pour l'équipage et le voisinage.

Si tout le monde n'envisage pas de revenir au "lampe torche et jerricane d'eau potable de 20 litres", le passage à l'eau sous pression illustre parfaitement la portée d'un choix d'apparence anodine provoquant une réaction en chaîne: consommation augmentée, besoin de réservoirs plus grands ou d'escales d'avitaillement plus fréquents. Alors le choix d'un équipement de dessalement s'impose, nécessitant à son tour de l'énergie pour son fonctionnement, un facteur de plus en faveur de l'installation d'un groupe électrogène...

Le même constat se vérifie lors de l’installation d'un congélateur qui réclame une haute disponibilité en énergie, nécessitant souvent de faire fonctionner un moteur thermique à intervalles réguliers. Cependant, des méthodes traditionnelles de conservation existent (séchage, confiture...) et de nombreux produits frais peuvent se stocker sans grande difficulté à condition d’avoir prévu des rangements adéquats.

2 Gestion des déchets

2.1 Déchets solides

Toute personne qui a passé quelques jours à bord d'un voilier sait que la gestion des déchets est un véritable enjeu. Quand on manque d'une possibilité de dépôt à terre pendant quelques jours, odeurs et volume à stocker posent vite des problèmes. Un endroit aménagé spécialement pour le stockage des déchets est souhaitable. Cet endroit doit être suffisamment grand, aéré sans occasionner de gêne et permettant l’accueil de plusieurs conteneurs pour le tri. On peut regretter que les infrastructures portuaires ne soient pas toujours à la hauteur.

Le véritable problème se pose en grande croisière où l'on est coupé du monde pendant de longues périodes. La charte MARPOL spécifie ce qui peut être rejeté et à quelle occasion. L'incinération dans un four prévu à cet effet constitue une autre voie d'élimination qui, au vu des méthodes de gestion des déchets dans certains pays, reste une solution acceptable.

La manière la plus efficace de gérer ce problème reste cependant de ne pas embarquer de potentiels futurs déchets et de privilégier des produits présentés sous emballage simple ou réutilisable. Une bouteille vide peut retourner à sa place, une boîte de conserve nettoyée et démontée, les restes de nourriture (à priori biodégradables), principale source d'odeurs, stockés dans un récipient étanche ou confiés au milieu naturel si les circonstances le permettent.

2.2 Effluents: eaux grises et eaux noires

Du côté des effluents de toilette et de salle de bains, les odeurs et la gestion sont un problème récurrent.

Hélas, une micro station d'épuration à l'échelle d'une unité de plaisance n'est pas encore d'actualité. Reste la solution (obligatoire en Europe et dans de nombreux autres pays) du stockage des effluents à bord associé à une infrastructure terrestre pour le pompage et le traitement. Au-delà du critère écologique, c'est une question de respect pour le milieu, souvent naturel, dans lequel nous nous invitons et pour les autres usagers. L'augmentation de la fréquentation ne fait qu'accentuer le problème et les usagers devraient être les premiers à être concernés par des eaux de ports et de mouillages aux couleurs et odeurs suspectes et souvent non-baignables. Pour être efficaces, ces installations, à bord et au port, doivent être exécutés avec beaucoup de soin en utilisant des matériaux et composants adaptés et de très bonne qualité.

Et dans tous les cas, des produits de vaisselle, lessive et savons divers doivent être choisis biodégradables à 100%.

3 Voilier écologique?

  • Le voilier 'éco' sera de dimension adapté au programme réel de navigation, simple et embarquant le strict minimum de technique.
  • Le choix des matériaux et du système constructif se fera en fonction du programme, des ressources locales et d'une analyse de cycle de vie approfondie.
  • Il sera équipé des rangements nécessaires pour une gestion efficace des déchets et effluents.
  • Les ‘options confort’ seront réduites au minimum au profit de solutions passives (sans assistance technique).
  • Une plus grande part de réflexion revient à l’architecture propre : dessin de carène, performance, optimisation... C'est un voilier performant et maniable, procurant plus de plaisir et de vitesse à la voile qu'au moteur (!).
  • C’est l’avenir de la voile pure et non pas de la voile assistée.

Ce voilier sera en mesure d'offrir tout le plaisir de la voile, du voyage et de la découverte, à condition de laisser sur le quai habitudes et idées reçues terrestres.

Et, en soi, le voilier constitue déjà une sorte de micro-écosystème dont les limites matérielles, taille, capacité… donnent la mesure d’une gestion des ressources nécessairement parcimonieuse. C’est précisément sur ce point que les systèmes autarciques ont une longueur d’avance sur les systèmes connectés aux réseaux terrestres.

 

c r o i s i è r e

"Assumer ses responsabilités est le début de la liberté"

A une époque où nos activités de par leur nature et leur volume exercent un stress croissant sur les écosystèmes (dont nous faisons partie intégrante) risquant des bouleversements dramatiques et irréversibles, une attitude consciente devient une nécessité incontournable.

Techniquement, des solutions efficaces existent et il s'agit d'avantage de les mettre en pratique. Toutefois, il devient de plus en plus évident qu'un équilibre à long terme ne sera pas atteint sans 'optimiser', voire changer radicalement nos propres exigences et besoins!

Le voyage en bateau constitue l'occasion d'une coupure momentanée d'une vie en société très sécurisante, nous mettant devant l'obligation de devoir assumer nos propres responsabilités - assumer ses responsabilités est le début de la liberté. Pendant la durée d'une traversée nous devenons seuls juges de nos actes et décisions et c'est à l'échelle d'un système de la taille d'un bateau que la gestion de ressources nécessairement limitées peut le mieux s'appréhender. En ce sens la vie à bord est une excellente école d'écologie - l'attitude écologique consistant justement dans la gestion responsable de ressources.


Photo (c) peter gallinelli 2003: enfants à Ittoquortormiit - Groenland

Aussi, le contexte de la vie en plein air est très favorable à faire prendre conscience de nos véritables besoins, bien souvent largement en deçà des besoins des fois artificiels et futiles découlant d'une logique commerciale.

Le temps 'nécessaire'

Quel navigateur n'a pas un jour constaté la différence de ‘densité’ du temps en mettant son pied à bord d'un bateau? Le temps ne semble plus s’écouler à la même vitesse, en mer le temps prend toute sa dimension: le temps d'attendre le bon moment pour larguer les amarres, le temps d'une traversée, le temps de contempler, le temps passé avec ses co-équipier(e)s ou avec sa solitude - ce temps essentiel qui nous glisse entre les doigts et que rien ne semble pouvoir ralentir dans la vie tous les jours.

Pourquoi parler du temps? En prenant le temps, beaucoup d'actions pourrait être plus efficaces, plus sereines: par exemple en attendant les conditions favorables pour une traversée plutôt que de solliciter des moyens artificiels pour courir contre vents et marées, logique artificielle d'une économie à flux tendu.

Contradictoirement, le routage en course dont la finalité première est de réduire le temps entre deux marques, se révèle être un outil d'optimisation capable de contribuer à des réductions de consommation substantielles tout en améliorant confort et agrément.

Les rencontres

La destination de nos croisières peut nous amener à côtoyer des cultures fondamentalement différentes. Ce contact n'est jamais anodin: ce sont autant d'occasions d'ouverture et de rencontres enrichissantes. En incarnant symboliquement le voyage, le voilier est un extraordinaire outil de premier contact et de communication.

Hélas, l'ignorance ou l’abus de certains peuvent laisser des traces néfastes et irréversibles. N'est-il pas devenu difficile de faire escale dans certains ports ...?

Il s'agit bien d'une forme de pollution propre au tourisme qui n’est d’autre qu’une forme de voyage de divertissement égoïste qui ne laisse guère la place à la rencontre, à la surprise, la découverte. Voyager sous-entend de prendre le temps nécessaire à l'immersion dans une culture, sans idées préconçues, d’apporter le minimum de bagage culturel pour être en mesure de partager. C'est seulement à ce prix que le voyage se transforme en occasion d'un échange mutuel et enrichissant.

Toutefois cette réciprocité peut connaître des limites dans des régions particulièrement touchées par la misère et la plus grande attention est nécessaire pour ne pas transformer une visite innocente en exhibition d'opulence occidentale...

Le développement durable

L'écologie n'est pas un jeu ni une mode, malgré les appellations qui sont utilisées en tort et en travers; elle est une nécessité.

La définition quelque peu critiquable du "développement durable" en dit long sur la largeur d'interprétation possible et le risque de 'détournement' de sens: Selon la définition du rapport Brundtland "c'est un mode de développement qui s'efforce de répondre aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à satisfaire les leurs". La déclaration de Rio, en 1992, précise que "les êtres humains sont au centre des préoccupations relatives au développement durable : ils ont droit à une vie saine et productive en harmonie avec la nature".

Ce concept peut devenir une réalité, à condition que chacun y met du sien, individuellement.

pg janvier 2005

p u b l i c a t i o n s
  • Revue Loisirs Nautiques, N° 297 - janvier 2005
  • LN N° 298 - février 2005
  • LN N° 399 - mars 2005

info contact

HOME

Informations indicatives et non-contractuelles
Mise à jour février 2007 webmaster@sailworks.net © peter gallinelli 2007